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Quoi? Certains approvisionneurs ont des paradigmes?
Des croyances pas nécessairement justifiées?
Par Darryl Legault
Les décideurs de la chaîne d’approvisionnement sont les maillons qui interfacent entre l’Offre et la Demande. Ils doivent donc proagir et/ou réagir rapidement et adéquatement à tout changement de l’Offre et la Demande. Pour bien décider, ils doivent considérer les bonnes informations. Soulignons que les intervenants de la chaîne logistique sont responsables d’assurer en continu le déplacement des matières, des biens, des services et des informations; et ce notamment, des fournisseurs aux clients finaux.
À cause de la nature des défis professionnels demandés aux intervenants de la chaîne d’approvisionnement, il serait surprenant que ces derniers figurent parmi les catégories de gens qui entretiennent le plus de paradigmes déplacés. Mais tout le monde entretient des croyances qui ne sont plus justifiables. Toute croyance erronée peut nuire à la qualité de vie au travail de ceux qui l’entretiennent ou la subissent. Il faut donc chercher à réduire nos mauvais paradigmes.
Des paradigmes?
Question : Pourquoi n’était-ce pas fait comme ça?
Réponse : Parce que ça ne peut pas se faire comme ça.
Question : Pourquoi est-ce que ça ne peut pas se faire comme ça?
Réponse : Parce que ça ne s’est jamais fait pas.
Question : Pourquoi?
Réponse : En fait, je ne sais pas.
Avez-vous déjà eu ce genre de conversation?
Quels que soient les milieux, nous pouvons y retrouver des intervenants avec des paradigmes inappropriés. Ils se limitent à des croyances sans doute bien ancrées mais très peu logiques ou très peu justifiées dans un contexte changé. Leurs exemples, leurs modèles de référence et les perceptions qui en découlent ne sont pas (ou plus) appropriés.
Est-ce que ça se produit en gestion de la chaîne d’approvisionnement? Bien oui (mais sans doute beaucoup moins que dans d’autres milieux). Quels sont les paradigmes déplacés les plus fréquents? Le présent texte proposera quelques opinions en réponse à cette question.
J’ai beaucoup d’années d’expérience à faire ‘’ça’’. ‘’Ça’’ ne peut pas se faire autrement
L’expertise et le bon jugement développés avec la pratique, les essais et les années d’expérience auront toujours leurs places. Quoique le jeu du tennis demeure le jeu du tennis, est-ce que les champions d’aujourd’hui jouent encore avec des petites raquettes de bois? Même si vous ne jouiez que pour le plaisir, seriez-vous fier de votre partenaire de tennis, si ce dernier arrivait à un match important de double équipée d’une vieille raquette de bois? Pourtant avec les raquettes de bois, les coups à effet coupés ont déjà eu un très grand nombre d’adeptes.
Beaucoup de choses ont changé dans le monde du tennis. Même le jeu des amateurs a gagné en puissance et en vitesse. Avant de penser à faire des petits coups coupés, il faut réussir à retourner un puissant service… et ça requiert la bonne technique avec la bonne raquette. Le milieu de travail de l’approvisionneur aussi évolue rapidement.
Avez-vous remarqué que les meilleurs décideurs sont bien expérimentés, mais ouverts d’esprits? Ils savent intégrer les meilleures pratiques d’hier et les meilleures innovations. Ils savent identifier les points faibles et les raisons des pratiques d’hier. Ainsi, ils peuvent modifier les meilleures de ces pratiques en ne conservant que le bon. Tout en étant sensibles à l’origine et à la nature des Résistances, ces décideurs remplaceront ce qui est contre-productif dans ces pratiques d’hier par de nouvelles façons de faire avec de nouveaux outils… souvent plus simples et plus attrayants.
Je ne commence pas mon travail avant que j’obtienne l’information sous ‘’ce’’ format
précis (selon une méthode de travail ‘’absolument linéaire’’). Pour faire autrement, il faudrait que mon patron me donne la directive à cet effet
En général, aujourd’hui, les besoins de nos clients internes et externes changent tout aussi rapidement que ce qui est offert par les fournisseurs. Un jour, un approvisionneur en étuis de raquette de tennis a cessé de commander des étuis pour les vieilles raquettes de bois. Qu’est-ce qui a été son déclencheur? Un changement de goût chez les clients ou un changement de ce qui était offert par les fournisseurs? Est-ce que ce dernier a attendu que son patron constate un inventaire débordant d’étuis désuets avant de changer ses paramètres de réapprovisionnement? Pour organiser la transition de ses commandes des petits étuis vers les étuis adaptés aux nouvelles formes de raquettes en évolution, est-ce que cet approvisionneur a attendu la forme définitive de La raquette? Si on attend toujours que notre client interne (ou externe dans certains cas) nous remette un dossier détaillé complet et définitif avant de débuter notre travail dans ce dossier, alors ce client attendra toujours après nous. Il aura l’impression que les gens d’approvisionnement ne travaillent pas de façon efficiente et qu’ils occasionnent des délais et des goulots d’étranglement. Certains clients chercheront même à éviter de passer par les intervenants de la chaîne d’approvisionnement.
Mais comment peut-on éviter ce paradigme? Qu’est-ce qui peut être fait? Chaque organisation et chaque poste de travail sont différents. Plusieurs approches peuvent réussir selon l’organisation et le poste. Parmi ces approches, il y a la vision transversale, le travail d’équipes multidisciplinaires, l’implication hâtive des intervenants de la chaîne logistique au sein des grands projets de l’organisation, des systèmes d’aide à la décision tenant compte d’informations préliminaires etc… Le patron ne peut pas connaître à fond le détail des informations que vous détenez, le détail des informations détenues par vos fournisseurs et le détail des informations détenues par vos clients. C’est souvent à vous d’analyser ces informations et de recommander de nouvelles approches à vos supérieurs, clients et fournisseurs.
Quand tu n’es pas content de la réponse d’un fournisseur, il faut s’exprimer plus fort
Les intervenants de la chaîne logistique ont certainement à cœur la performance de leur organisation. Il n’est donc pas surprenant que ceux-ci veillent à ce que la contribution d’un fournisseur donné réponde aux attentes.
En 2005, il serait surprenant de rencontrer des intervenants de la chaîne d’approvisionnement qui entretienneraient la croyance à l’effet qu’il faut parler fort à un fournisseur pour obtenir son maximum. Le conseil le plus fréquent offert par les grands négociateurs est plutôt d’écouter le fournisseur. Chaque approche peut avoir ses pour et ses contre. Il faut toutefois bien comprendre la situation avant d’agir, pour en tirer le maximum. Une approche respectueuse mais ferme peut également avoir un meilleur impact sur la qualité de vie au travail de plusieurs.
Comment puis-je éviter les paradigmes?
Il n’y a pas personne qui se réveille un matin et qui se dit : ‘’J’entretiens telle croyance non justifiée que je veux éliminer’’. C’est plutôt les occasions qui viendront confronter nos paradigmes déplacés. Et ces occasions, il faut les provoquer. Il existe une multitude d’occasions pour constater, entendre ou lire comment d’autres personnes voient le monde selon des perspectives différentes des nôtres… et de s’ajuster au besoin. Encore faut-il avoir l’esprit ouvert.
Ces occasions peuvent être des expériences de benchmarking, des participations à de nouvelles équipes de travail, de la lecture spécialisée, de la formation et bien plus encore.
Les conférences figurent parmi les belles occasions de se remettre en question. D’ailleurs au Québec en septembre dernier, les intervenants de la chaîne logistique ont eu une belle occasion. En effet, le District de Montréal de la Corporation des approvisionneurs du Québec a tenu l’édition 2005 du congrès provincial. Sous le thème Vivre la mondialisation, ce congrès a regroupé multiples conférences présentant différentes facettes de l’approvisionnement à l’international. Présidée par Jules Talbot, l’équipe organisatrice a su attirer des conférenciers fort réputés, dont Linda Dumais, Nicole Lacasse, Yves Langevin, Léo-Paul Lauzon, Benoît Mercier, Jean Nollet, Me Gilles Roy, André Tchokogué, Éric Trochon, Thérèse Vanasse et René Vézina. La mondialisation y a été présentée sous plusieurs angles : ses tendances, ses impacts, ses bienfaits et ses méfaits, le droit dans l’approvisionnement international, les nouveaux marchés, les incitatifs, le transitaire, l’éthique, la conformité douanière, la planification et la mondialisation au quotidien.
Les opinions ci-dessus mentionnées sont celles des individus et ne représentent pas nécessairement celles de leur employeur, notamment parce qu’elles ne sont pas spécifiques à des secteurs de l’économie en particulier.
Darryl Legault a.p.a., CFPIM, C.P.M., F.CIM, FRM, P.Log, PCMH est Directeur des approvisionnements en entreprise et a été Président 2001-2002 de la CAQ (Corporation des approvisionneurs du Québec) affiliée à l‘ACGA (Association canadienne de gestion des achats). Plus d’une centaine de ses textes et articles ont été publiés à travers le monde sur quatre continents en anglais et en français. Information: http://darryl-legault.tripod.com
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